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COVID-19 ET TRANSITION ÉCOLOGIQUE

Quels instruments monétaires et financiers face à la crise du Covid-19 ?

Entretien avec Jézabel Couppey-Soubeyran

Par Jézabel Couppey-Soubeyran & Julien Hallak

18 mai 2020

La pandémie de Covid-19 et le ralentissement brutal de l’économie mondiale frappent des sociétés déjà fragilisées par l’urgence écologique et la crise sociale. Si elles n’ont pas la même nature et la même temporalité, ces trois crises sanitaire, environnementale et sociale sont profondément imbriquées l’une dans l’autre. De nombreux experts font le lien entre la perte de la biodiversité et l’apparition de nouvelles épidémies et rappellent que les risques sanitaires devraient s’accroître avec le dérèglement climatique. Les populations les plus vulnérables payent un lourd tribut et se trouvent les plus exposées à la pandémie. Ces crises nécessitent ainsi des réponses articulées et cohérentes.

Dans ce dossier, nous proposons quatre entretiens pour analyser les premières réponses données mais aussi pour alimenter le débat sur comment aller plus loin. Car, au sortir du confinement, il faudra accélérer la transition écologique au lieu de vouloir retourner au modèle économique d’hier. Dominique Méda et Michaël Zemmour évoquent comment protéger les travailleurs et renforcer notre modèle de protection sociale. Jézabel Couppey-Soubeyran, Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau reviennent sur le rôle de la politique monétaire et de la régulation financière pour gérer le coût de la crise tout en orientant les flux financiers dans le sens souhaitable.

Jézabel Couppey-Soubeyran analyse ici les mesures d’urgence prises par la Banque centrale européenne et propose d’autres pistes pour rétablir l’efficacité des régulations financières et de la politique monétaire.

L’entretien en bref

  • La BCE a su répondre à cette crise avec des mesures d’urgence adaptées : opérations de refinancement des banques ultra accommodantes (LTRO, TLTRO) et programme de rachat d’actifs massif de 1050 Mds €. Toutefois, la question reste de savoir si l’on peut gérer cette crise en augmentant le stock de dette privée et publique, alors que les vulnérabilités financières sont grandes s’accumulent depuis 2008.
  • La dette n’est en effet pas le bon instrument pour compenser des pertes. Ces coûts devraient être plutôt compensées par des transferts non remboursables, c’est à dire de la “monnaie hélicoptère”.
    Il ne s’agit pas d’un financement open bar des dépenses des agents. Il s’agit simplement d’émettre la même quantité de monnaie centrale que celle actuellement annoncée mais de diriger sa distribution autrement : vers les États et, dans un second temps, en phase de réamorçage de l’activité, vers les entreprises et les ménages.
  • La crise révèle aussi la fragilité du secteur bancaire et le faible niveau d’ambition des réformes post-2008 en matière de régulation financière. Le dispositif prudentiel a été insuffisamment tourné vers la prévention des crises systémiques.
  • Les Etats n’ont quasiment rien exigé des banques en contrepartie de leurs interventions massives. Les refinancements accordés doivent aujourd’hui être conditionnés à un accroissement du volume de crédit accordé aux agents économiques. La distribution de dividendes doit être suspendue pour renforcer les niveaux de fonds propre

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