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COVID-19 ET TRANSITION ÉCOLOGIQUE

"Protection sociale : quelles nouvelles solidarités face à la crise ?"

Entretien avec Michaël Zemmour

Par Julien Hallak & Michaël Zemmour

22 mai 2020

La pandémie de Covid-19 et le ralentissement brutal de l’économie mondiale frappent des sociétés déjà fragilisées par l’urgence écologique et la crise sociale. Si elles n’ont pas la même nature et la même temporalité, ces trois crises sanitaire, environnementale et sociale sont profondément imbriquées l’une dans l’autre. De nombreux experts font le lien entre la perte de la biodiversité et l’apparition de nouvelles épidémies et rappellent que les risques sanitaires devraient s’accroître avec le dérèglement climatique. Les populations les plus vulnérables payent un lourd tribut et se trouvent les plus exposées à la pandémie. Ces crises nécessitent ainsi des réponses articulées et cohérentes.

Dans ce dossier, nous proposons quatre entretiens pour analyser les premières réponses données mais aussi pour alimenter le débat sur comment aller plus loin. Car, au sortir du confinement, il faudra accélérer la transition écologique au lieu de vouloir retourner au modèle économique d’hier. Dominique Méda et Michaël Zemmour évoquent comment protéger les travailleurs et renforcer notre modèle de protection sociale. Jézabel Couppey-Soubeyran, Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau reviennent sur le rôle de la politique monétaire et de la régulation financière pour gérer le coût de la crise tout en orientant les flux financiers dans le sens souhaitable.

Michael Zemmour propose dans cet entretien un diagnostic préliminaire des mesures de protection des travailleurs mises en place pendant le confinement et propose des pistes de réflexion pour une refonte de notre système social pour faire face aux conséquences de la crise actuelle et à celles à venir.

L’entretien en bref

  • Le diagnostic sur la protection des citoyens face à la crise est ambivalent. A l’échelle agrégée, le chômage partiel a permis de décorreler le revenu des ménages du choc pendant le confinement. Toutefois, les catégories habituellement peu protégées (contrats courts, indépendants, chômeurs, bénéficiaires des minimas sociaux) voire pas du tout (moins de 25 ans, étrangers en situation irrégulière) ont été durement frappées. Les obstacles à une meilleure protection de ces catégories sont avant tout politiques, même si des catégories comme les indépendants sont par nature plus difficiles à protéger.
  • Deux logiques prépondérantes dans notre système de protection sociale sont à repenser, a fortiori dans la période à venir de hausse du nombre de chômeurs. D’une part, la logique de l’incitation au travail, qui consiste à maintenir des minima sociaux très bas, conditionner les aides comme la prime d’activité à la reprise d’emploi, ou rendre l’assurance chômage limitée dans le temps pour ne pas décourager à la recherche d’emploi. D’autre part, une stratégie d’économie sur les dépenses sociales, qui s’inscrit dans une logique de réduction de la taille de l’État social, fortement prégnante dans la récente réforme de l’assurance-chômage et la réforme des retraites,
  • Dans la mesure où la crise sanitaire va durer et où on ne peut compter sur le seul ajustement conjoncturel, la logique d’action ne devrait pas être divisée entre un « aujourd’hui » et un « après » : les décisions prises aujourd’hui, dans l’urgence, contribuent à déterminer les évolutions longues.
  • Le système de protection sociale joue son rôle de stabilisateur automatique, les déficits augmentent donc mécaniquement et atteignent des niveaux importants. L’avenir de ce système ne dépend pas mécaniquement de la croissance. Au-delà des dispositifs de redistribution, il faut aussi poser la question des régulations, en particulier sur le marché du travail, que nous voulons mettre en place dans nos économies pour que la prospérité, quelle que soit sa forme, soit réellement partagée.
  • L’extension des services publics et de la sécurité sociale pourrait être envisagée comme une contrepartie politiquement acceptable aux baisses de revenu prévisibles – que ce soit du fait de la crise ou pour prendre en compte les contraintes écologiques. Une stratégie économique pourrait être de développer des services à forte utilité sociale et économique (petite enfance, aide à domicile, etc. ). Cela suppose d’accepter collectivement de payer pour augmenter la quantité, et la qualité des emplois (et du service rendu) dans ces secteurs. Pour une présentation plus détaillée de cette stratégie, voir le projet Les politiques d’emploi, de la baisse des cotisations à la hausse de la qualité : impacts socio-économiques et stratégies de croissance du LIEPP (Laboratoire Interdisciplinaire d’Evaluation des Politiques Publiques).

Pour aller plus loin, un wébinaire (27/05/2020)


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