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Pour une industrie des usages et du réemploi

Propositions pour développer l’économie de la fonctionnalité en France

5 novembre 2026

L’économie de la fonctionnalité consiste à vendre l’usage d’un bien, ou le résultat qu’il procure, plutôt que le bien lui-même : c’est un modèle conciliant croissance et sobriété, qui devient rentable à mesure que la durée de vie du bien est allongée. Le point d’équilibre arrive plus tard, celui-ci génère un cash-flow régulier. Elle agit sur les quatre fronts où se joue l’avenir économique français : dépendance aux matières premières, création d’emploi non délocalisable, transition écologique et consolidation des finances publiques. Là où la plupart des plans publics doivent arbitrer entre ces différentes priorités, l’économie de la fonctionnalité les fait converger : moins de matières premières, moins de déchets, plus d’emplois locaux de maintenance, moins de besoins d’investissements en capital, et une rentabilité étalée dans le temps plutôt que captée d’un seul coup.

L’économie de la fonctionnalité répond ainsi au paradoxe des économies occidentales, saturées de biens manufacturés dont l’usage reste largement sous-exploité et dont la durée de vie est de plus en plus raccourcie. Lorsqu’un bien est jeté avant terme, ce n’est pas seulement de la matière qui se perd : c’est l’intégralité de l’énergie grise, de l’eau et du transport mobilisés pour le produire en amont. L’économie de la fonctionnalité rompt avec ce modèle insoutenable :

– en doublant la durée de vie des produits, elle permet de diviser notre empreinte matière par deux et de réduire les volumes de déchets de 30 % à 50 % ;

– en mieux valorisant le stock existant de capital physique, elle permet de réduire le besoin d’investissement en capital neuf de 30 à 50 %. Contrairement à d’autres plans d’action, l’économie de la fonctionnalité ne nécessite pas de plan d’investissement public massif.

– en adaptant les contrats, elle offre un gisement d’économies pour l’État et les collectivités, un point crucial dans le contexte d’une pression sur les finances publiques. Une collectivité optant pour un contrat d’usage pour l’éclairage public par exemple évite 20 % de dépenses d’investissement initial.

L’économie de la fonctionnalité se met déjà en place en France, autour de trois modèles d’affaires : repenser la conception du produit, mutualiser les équipements, facturer le résultat plutôt que l’objet. Dans certains cas, elle devient le cœur même du modèle d’affaires ; dans d’autres, l’entreprise peut l’expérimenter tout en étant ancrée dans l’ancien modèle industriel.

Le rôle des politiques publiques discutées dans cette note est de leur faciliter la transition d’une logique à l’autre. Le potentiel de l’économie de la fonctionnalité ne pourra se réaliser tout seul, et la France n’est pas sur la bonne trajectoire ; sans un effort législatif, les objectifs des lois sur l’économie circulaire et sur la transition énergétique resteront hors portée.

Cette note formule 10 propositions regroupées en quatre volets  : sécuriser le modèle de l’économie de la fonctionnalité en droit, mobiliser les leviers de la puissance publique, faciliter l’accès au financement et réformer le cadre comptable.

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