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À quand une taxe sur les superprofits pétroliers ?

Madeleine Péron , 23 juillet 2026

Alors que le conflit en Iran s’intensifie et que les évènements climatiques extrêmes se succèdent en France, TotalEnergies déclare un bénéfice en hausse de 72% au second semestre 2026. Il devient urgent de mettre ces surprofits à contribution, via une fiscalité innovante.

TotalEnergies vient de publier ce 23 juillet 2026 les résultats financier du deuxième trimestre. Quatre mois de crise depuis le début du blocage du détroit d’Ormuz qui ont vu la firme s’enrichir de 11,2 milliards de dollars, des résultats exceptionnels pour des profits exorbitants. Au premier trimestre, c’était +51%, c’est + 104% au deuxième par rapport à la même période l’an dernier. Au total, la multinationale affiche un bénéfice en hausse de 72% par rapport à l’an dernier. Les publications des résultats des autres grandes entreprises pétrolières devraient suivre, et se ressembler.

D’où viennent ces profits exceptionnels ?

Avec un prix du baril très souvent au dessus de 100$, les marges des pétroliers se sont envolées. Lors de son audition devant la Commission des finances en mai 2026, Patrick Pouyanné,PDG de TotalEnergies, avait indiqué que le baril devenait rentable au dessus de 25$ (50$ en comptant la rémunération des actionnaires). Un entreprise comme TotalEnergies a produit 2,395 millions de barils équivalent pétrole par jour pour le deuxième trimestre 2026, avec un prix moyen situé à 97$.

Il faut noter aussi les gains liés aux activités de trading, qui peuvent s’avérer particulièrement fructueuses via les fluctuations des prix liés au conflit. Dans les résultats du groupe, elles sont regroupées avec les activités de raffinage, et ont constitué près de 1,8 milliards de dollars de recettes pour le seul deuxième trimestre. Au premier trimestre 2026, l’activité de trading avait rapporté à TotalEnergies plus d’1 milliard de dollars, 500 millions de plus qu’en situation "normale".

Pourquoi faut-il taxer ces profits exceptionnels ?

TotalEnergies a d’ores et déjà annoncé un second bonus exceptionnel pour ses actionnaires pour ce deuxième trimestre. Une partie de ces superprofits finit donc dans la poche des actionnaires, et l’autre a de fortes chances d’être réinvestie dans des projets de développement des énergies fossiles, alors que les enjeux du dérèglement climatique exige une sortie rapide des fossiles.

Des rentes indues et inacceptables

Dans une étude menée par l’Institut Veblen et Verian que nous avons publiée en mai dernier, 75% des personnes interrogées jugeaient les profits réalisés par TotalEnergies en période de crise comme dérangeants ou inacceptables. Plus de 70% sont favorable à leur taxation, en France comme en Europe, et ce même si une partie des profits est localisée à l’étranger. Ce fort soutien populaire faire écho à la théorie économique : en économie, les revenus liés à des rentes sont unanimement considérés comme les plus efficaces à taxer car ils ne viennent pas récompenser l’effort de l’entreprise, mais sont liés à sa position favorable sur un marché.

Dans le cas de TotalEnergies, ses investissements passés stratégiques et son intégration verticale lui garantissent déjà de haut niveau de rentabilité, ces profits supplémentaire sont seulement liés à la perturbation des marchés liés à la guerre en Iran. C’est ce contexte dramatique, aux répercussions multiples, des zones de guerre au quotidien des Français, qui nourrit les profits actuels des grands groupes pétrolier. Il est donc non seulement légitime, mais aussi juste de les imposer fortement.

Soutenir la transition et financer l’adaptation

Des moyens considérables doivent être déployés par les ménages, les entreprises, l’État pour d’une part faire face à cette crise et d’autre part pour atténuer le dérèglement climatique dont ces industries sont grandement responsables, et financer l’adaptation. Les épisodes caniculaires de ce début d’été 2026 ont montré combien l’impréparation et le manque de moyen faisait peser des risques sur la santé des tous les citoyens, avec une surmortalité observée dans toutes les catégories d’âge. Dans notre étude, les enquêté.es sont largement convaincu.es que la France est trop dépendante des énergies fossiles (88%), un constat massif qui alimente un appel tout aussi net à changer de modèle. 77% jugent ainsi important de réduire fortement la consommation d’énergies fossiles, dont près de 4 sur 10 (36%) considérant même cet objectif comme urgent et prioritaire. 46% des personnes interrogées attendent de l’État qu’il soit le principal moteur de la sortie des énergies fossiles, alors même qu’une majorité (54%) estime aujourd’hui qu’il n’investit pas suffisamment dans des solutions comme l’électrification ou l’efficacité énergétique.

Taxer ces superprofits indus est donc une manière juste et rapide de dégager des recettes fiscales supplémentaire à allouer pour aider les ménages à réduire leur dépendance aux énergies fossiles, via le leasing social par exemple, à rénover les habitations et les écoles pour les adapter aux évènements météo extrêmes, à lutter contre les sécheresses, les feux de forêt…

Limiter les investissements dans des projets fossiles

Lors de la crise énergétique de 2022, les entreprises énergétiques avaient également réalisés des superprofits historiques. Une simple analyse de l’utilisation de ces profits dans l’année suivante suffit à convaincre que les entreprises elle-mêmes ne seront jamais le moteur du changement : alors qu’elles auraient pu investir massivement dans les énergies renouvelables et l’électrification, selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (2023), seul 1 % des dépenses de l’industrie pétrolière est allé aux énergies bas-carbone, contre 48 % pour de
nouveaux projets fossiles et 39 % reversés aux actionnaires.

Parmi les 20 entreprises les émettrices de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, TotalEnergies continue de développer massivement les énergies fossiles, qui représentaient 97 % de sa production d’énergie et 82 % de ses investissements en 2025. Pire, la major pétrolière prévoit une hausse de la production d’hydrocarbures à l’avenir, et développe des projets de production de GNL au Mozambique, de gaz de schiste au Texas, et de pétrole en Ouganda et en Namibie, entre autres. Le cocktail de prix du baril élevé couplé à des capacités d’investissement décuplées encourage les entreprises à de nouveaux investissements fossiles qui gagnent en rentabilité, exacerbant les risques climatiques et agissant à l’encontre de la sécurité des populations.

Taxer ces rentes, ces superprofits, au niveau mondial, européen, national, pour financer les politiques d’atténuation et d’adaptation, c’est à la fois rediriger les flux d’argent vers des projets bien moins néfastes, et réduire les incitations de ces multinationales à investir dans de nouveaux projets fossiles.

Comment taxer les superprofits des entreprises pétro-gazières ?

Plusieurs mécanismes sont possibles pour taxer efficacement les rentes de ces multinationales, en particulier en période de crise. Le principal défi est d’avoir une taxe qui soit robustes aux stratégies d’évasion fiscale bien connue, que ces entreprises pratiquent de façon régulière et d’autant plus en période de surprofits. Il est indispensable de mettre à contribution ces superprofits, comme cela avait été fait lors de la crise énergétique de 2022, et de le faire de façon plus ambitieuse et plus efficace. Pour cela nous recommandons :

1- de construire une mécanisme permanent, qui serait dormant mais qui se déclenche lorsque le prix du baril dépasse un certain niveau, quand on entre en période de crise

2- de fonder cet impôt supplémentaire sur les profits mondiaux consolidés des groupes, et pas uniquement sur les profits enregistrés en France

3- de mettre en place un impôts sur les superprofits pétroliers au niveau mondial, ou à défaut, européen. Un impôt national reste une option très satisfaisante, surtout si elle permet à d’autres pays d’agir et de s’en inspirer

4- de diriger les recettes de cette taxe vers les politiques de soutien face à la crise et de transition, en ciblant en premier lieu les ménages les plus fragilisés par la hausse des prix des carburant

Il y a déjà plusieurs semaines, nous exhortions le gouvernement à agir au travers d’une lettre ouverte recueillant les signatures de plus de 30 économistes. Le PLF 2027 sera une occasion pour le gouvernement et les parlementaires de mettre cette taxation à l’ordre du jour. Nous sommes capables de mettre ces profits au service de tous et toutes, c’est maintenant qu’il faut agir.

Photo de couverture :©️ Rémy El Sibaïe/350.org

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