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Financer les investissements d’avenir, un défi politique pour l’Europe

Jézabel Couppey-Soubeyran & Wojtek Kalinowski , 12 février 2026

L’Europe peine à s’accorder sur les réponses à donner aux grands défis qui pèsent sur son économie dans le nouveau contexte géopolitique : une concurrence internationale de plus en plus rude, risque de désindustrialisation, de nombreuses dépendances technologiques, une crise écologique qui s’aggrave…

Le consensus politique n’a certes pas manqué pour faire déferler sur l’UE la vague de « simplification », avec pas moins de dix Omnibus adoptés ou en voie d’adoption, mais visiblement les dirigeants ont conscience que déréguler n’apportera pas la réponse et qu’il convient d’aborder les vrais enjeux.

La réunion des dirigeants de l’UE à Alden Bisen, convoquée par le Président du Conseil européen Aldo Costa hier le 12 février, était une nouvelle tentative de rapprocher les points de vue sur des points essentiels comme l’avenir du marché unique et le degré d’ouverture et de protection aux échanges mondiaux. Les désaccords sont nombreux et portent à la fois sur les mesures de soutien au contenu local (« Made in Europe Act »), les mesures de protection externe (tarifs sur les importations) ou encore la mutualisation des financements.

Un enjeu clef du débat concerne le financement des investissements nécessaires. La position française est connue ; elle a été rappelée par Emmanuel Macron deux jours plus tôt, dans une interview accordée à plusieurs journaux européens dont Le Monde, mardi 10 février. Emmanuel Macron appelle ses homologues européens à investir conjointement dans « la sécurité et la défense, dans les technologies de transition écologique, et dans l’intelligence artificielle et le quantique », sans quoi l’UE sera « balayée de ces secteurs dans les trois à cinq ans ». Côté financement, il estime que « c’est le moment de lancer une capacité commune d’endettement pour ces dépenses d’avenir, des eurobonds d’avenir.

Il faut des grands programmes européens, pour financer les meilleurs projets. ». Cette position est partagée par d’autres pays comme l’Italie mais rencontre aussi une forte résistance des pays dits « frugaux », l’Allemagne en tête, qui préfèrent des investissements nationaux facilités par l’assouplissement des règles européennes. Sur ce plan, le soutien exprimé récemment par Joachim Nagel, le président de la Banque centrale allemande, pour l’émission des obligations européennes est une bonne nouvelle. Refuser la mutualisation est une stratégie à court terme qui risque d’affaiblir encore l’unité politique de l’Europe et d’accroitre encore la domination des grandes puissances mondiales comme la Chine et les Etats-Unis.

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