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Action locale, missions impossibles ?

Madeleine Péron & Christophe Viscogliosi & Wojtek Kalinowski , 18 février 2026

« La France a eu besoin d’un pouvoir fort et centralisé pour se faire. Elle a aujourd’hui besoin d’un pouvoir décentralisé pour ne pas se défaire. »

Editorial du numéro 109 de l’Economie politique, « Les communes sous pressions »

François Mitterrand, deux mois après son élection en mai 1981, annonce un programme de décentralisation qui sera en partie réalisé au cours des décennies suivantes. Les compétences locales ont été progressivement étendues dans l’idée de rapprocher les services publics des citoyens et de permettre à chacun de participer directement aux décisions politiques relatives à son lieu de vie.

Rompre avec notre culture politique traditionnellement jacobine s’avère pourtant difficile. Depuis le début des années 2000, nous assistons même à une recentralisation de fait : les réformes fiscales successives ont réduit les ressources propres des communes et accru leur dépendance à l’égard de l’Etat central ; les services déconcentrés, qui constituaient un point d’appui technique essentiel pour les communes, ont été fortement réduits. En parallèle, les intercommunalités, qui montent en puissance depuis les années 1990, concentrent aujourd’hui l’essentiel du pouvoir local, notamment dans les métropoles, alors que leur mode de scrutin reste encore peu lisible pour les électeurs. Cette réorganisation du pouvoir impose des restrictions budgétaires et provoque un recul démocratique.

L’un des enseignements de ce dossier est le constat d’une contradiction permanente entre des moyens politiques et financiers qui se réduisent et des défis sociaux et environnementaux qui se multiplient : accès aux transports individuels et collectifs, offre scolaire et périscolaire, prise en charge d’une population vieillissante, construction de logements, adaptation au dérèglement climatique, gestion des crises écologiques…
Ce dossier bat aussi en brèche l’idée d’une opposition systématique entre une « France périphérique » délaissée et des métropoles dynamiques ; le tableau est bien plus nuancé. Il reste que les territoires sont inégaux face à tous ces enjeux. Si un certain nombre de métropoles, zones périurbaines ou communes rurales se développent et attirent de jeunes actifs, notamment sur le littoral, d’autres territoires vieillissent rapidement et se vident progressivement de leurs habitants, à l’instar du grand quart Nord-Est.

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