Éditorial du numéro 112 de l’Économie politique "La facture Macron".
Une expression populaire se répand depuis quelques années dans la rue et sur les réseaux sociaux, portée par une génération désabusée : « La France à Macron ». Avec sa faute de grammaire intentionnelle, pour marquer l’ironie, elle exprime le sentiment d’une précarité croissante face à l’inflation galopante, aux problèmes d’accès au logement et à l’emploi, aux dysfonctionnements des services publics… Prendre un café en terrasse, faire le plein, un luxe dans « la France à Macron » ?
C’est ainsi, sur une note amère, que s’achèvent la « révolution » et la « modernisation » annoncées avec tant d’insistance par le candidat Emmanuel Macron pendant sa première campagne électorale. Beaucoup ont cru, ou voulu croire, dans ce « progressisme » qui prétendait dépasser le clivage gauche-droite, invoquait le « en même temps » et promettait d’en finir avec le « vieux monde ». Dix ans plus tard, le clivage gauche-droite structure en effet moins la scène politique, mais ce n’est pas forcément une bonne chose pour la démocratie. Et sur le plan des politiques économiques, le progres-sisme fut vite réduit aux recettes libérales qui n’ont pas tenu leurs promesses, mais ont bel et bien creusé les inégalités. L’aile gauche du macronisme n’y a pas survécu, comme pour confirmer l’adage selon lequel un centriste français n’est « ni de gauche, ni de gauche ».
Indicateurs sociaux dans le rouge
Les indicateurs sociaux sont en tout cas dans le rouge. Le taux de pauvreté stagne à son niveau le plus élevé (15,4 % en 2024, dernier chiffre disponible, soit près de 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté situé à 60 % du revenu médian [1]) et touche en premier lieu les personnes au chômage, les travailleurs indépendants précaires et les familles monoparentales. 2,7 millions de ménages sont en attente d’un logement social (1 million de plus qu’il y a dix ans [2]). Le salaire réel et le pouvoir d’achat baissent depuis deux ans (– 1 200 euros par an pour une famille, – 600 euros pour une personne seule, en moyenne), phénomène aussi rare qu’inquiétant.